Massimo Introvigne, bibliographie, article

L’érotisme sacré

J’ai étudié plusieurs groupes enseignant l’érotisme sacré dont les dirigeants ont été accusés d’abus sexuels. J’ai souligné dans mes études sur ces groupes, et je le répète ici une fois de plus, que je ne tolère pas les abus sexuels, et que je ne crois pas que leurs auteurs puissent se protéger en invoquant la liberté de religion ou de croyance.

L’étude des mouvements dont les pratiques incluent l’érotisme sacré, sur lesquels j’ai commencé à publier en 1990 à travers un livre qui reste une référence souvent citée dans le domaine, Il cappello del mago (Le chapeau du magicien : Introvigne 1990), est une affaire délicate.

En explorant ces mouvements pendant plus de trente ans, j’ai effectivement rencontré des cas d’abus. Plus souvent encore, j’ai rencontré des cas où les activistes antisectes, les médias et la police ont soutenu que les pratiques combinant spiritualité et érotisme dans lesquelles les femmes s’engagent dans des rituels sexuels avec un gourou sont toujours et par définition abusives. Si les femmes elles-mêmes nient l’abus, c’est parce qu’elles sont victimes d’un lavage de cerveau. Ne croyant pas à l’existence du lavage de cerveau (Introvigne 2022b), je n’accepte pas non plus cette théorie et maintiens que chaque cas doit être étudié dans son propre contexte. Il n’appartient pas aux spécialistes des religions de déterminer si Loup Blanc est coupable ou innocent. Nous ne sommes tout simplement pas équipés pour déterminer ce qui s’est réellement passé entre lui et ceux qui sont maintenant les plaignants dans l’affaire criminelle.

Cependant, les chercheurs spécialisés dans les nouveaux mouvements religieux peuvent apporter au débat sur Loup Blanc une pièce manquante dans la discussion médiatique : une reconstruction de ce que sont ses enseignements, et pourquoi un certain nombre de élèves le suivent. Mes sources sont la volumineuse littérature publique et interne du groupe des élèves de Loup Blanc, les déclarations écrites de plusieurs de ses étudiants, et des entretiens personnels avec dix élèves (huit femmes et deux hommes, pour lesquels j’utilise des pseudonymes) en février et mars 2023.

J’ai également interviewé l’avocat représentant Loup Blanc, lu les déclarations des plaignants dans le procès, parues dans les médias, et un bon nombre d’articles hostiles. Enfin, j’ai soumis quelques questions à Loup Blanc lui-même, qui y a répondu depuis la prison.